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INTERNATIONAL1 mai 2026
L’Ombre Chinoise sur le Plus Grand Forum Mondial des Droits Numériques
L’annulation de RightsCon 2024 à Zambie, imposée par la pression chinoise pour exclure les participants taïwanais, montre comment Pékin renforce sa souveraineté numérique et affecte la société civile mondiale.
La
La Rédaction
The Vertex
Lecture 5 min

Source: www.wired.com
L’annulation inopinée de RightsCon 2024 à Lusaka, en Zambie, après la demande chinoise d’exclure la délégation taïwanaise, marque un tournant dans la lutte pour la souveraineté numérique. Présenté comme le plus grand rassemblement mondial dédié aux droits numériques, cet événement a dû abandonner son site africain sous la pression diplomatique, révélant comment les ambitions géopolitiques peuvent remodeler l’espace de la liberté en ligne.
Cette décision montre la stratégie chinoise de souveraineté cybernétique, qui vise à imposer son modèle de gouvernance internet aux petits États. En tirant parti de son poids économique – notamment par le financement d’infrastructures et des accords commerciaux – Pékin peut pousser la Zambie à limiter les plateformes qui favorisent les échanges transfrontaliers d’idées critiques. Au‑delà du simple retrait de la conférence, cet acte envoie un signal dissuasif aux ONG et aux technologues, réduisant l’espace de coopération internationale sur la vie privée, le contournement de la censure et l’activisme numérique, et risque d’accélérer la fragmentation du débat public en ligne.
RightsCon, organisé par Access Now, constitue depuis des années le principal forum où chercheurs, activistes et techniciens débattent de la gouvernance d’Internet, des outils de contournement de la censure aux politiques de localisation des données. Sa présence prévue à Zambie soulignait le rôle émergent du continent comme hub de défense des droits numériques, un espace où la régulation étatique est de plus en plus contestée. L’incident s’inscrit donc dans une dynamique plus large de pression exercée par Pékin sur les organisations de la société civile en Asie du Sud‑Est et en Afrique.
À l’avenir, il faut promouvoir des réseaux décentralisés résilients capables de résister aux pressions étatiques et de renforcer les mécanismes multilatéraux garantissant la libre circulation de l’information. Les coalitions de la société civile devront diversifier leurs financements et leurs déplacements, tandis que les institutions internationales pourront consolider des normes qui protègent les droits numériques comme biens publics. En définitive, l’épisode marque un tournant où la lutte pour un Internet ouvert se jouera tant en code qu’en diplomatie.